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Gabon : Pouvoir d’achat en baisse, qui profite, qui subit ?

Des taximen qui «rusent» pour gagner plus. Le kilogramme de poisson qui augmente. Le poids du pain qui diminue. Le prix de la banane plantain qui flambe. Des salaires qui ne permettent pas vraiment d’épargner. Ajoutez à cela les charges de loyers qui absorbent la moitié du salaire et vous avez le sujet le plus préoccupant du moment au sein des classes moyennes et populaires : La baisse du pouvoir d’achat des ménages.

Loin d’être un simple tourment d’intellectuels, la «vie chère», ainsi qu’on l’appelle plus franchement, concerne un grand nombre de Gabonais qui font de plus en plus difficilement face aux dépenses élémentaires, notamment éducatives, et basculent petit à petit dans l’endettement. La tendance devrait, selon les spécialistes, s’accentuer.

Comment se manifeste cette baisse du pouvoir d’achat ? Quels en sont les déterminismes ? Qui trinque ? Qui semble en profiter ? Photographie stratosphérique d’une zone de turbulence.
 
© © Arias Danger Aimée
 
La tendance est mondiale et le Gabon n’y échappe pas. En effet, malgré l’augmentation, en octobre 2006 du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) qui est passé, après plusieurs décennies de stagnation, de 44 000 à 80 000 F.CFA et de la valeur du point d’indice de la Fonction publique, de 400 à 425, le pouvoir d’achat est un thème de préoccupation de plus en plus prégnant chez les Gabonais.. Cette augmentation du Smig, dont la résultante n’a nullement été une hausse générale des salaires, semble avoir eu pour effet pervers une flambée des prix de nombreux produits de consommation courante.

La flambée des prix

La flambée des prix au Gabon, à Libreville notamment, remonte en effet à plusieurs mois. En août 2007, moins d’une année après l’augmentation du SMIG, certains produits ont enregistré des augmentations tarifaires notables. Ainsi le prix du litre d’huile végétale était passé de 800 FCFA à 1200 FCFA, le kilogramme de lait concentré de 1200 FCFA à 1700 FCFA, le kilogramme de lait en poudre et de poisson frais est passé respectivement de 1600 FCFA à 2700 FCFA et de 1000 FCFA à 1500 FCFA.

Au début, l’augmentation des prix de certaines denrées s’est expliquée par une baisse des importations et, pour le cas de l’huile, par l’incapacité de l’entreprise SIAT à satisfaire le marché national. La réalité était pourtant tout autre et le gouvernement gabonais avait publié, le 29 août 2007, un communiqué dans lequel il se montrait préoccupé par l’augmentation “excessive et ne correspondant à aucune réalité économique” des prix des produits de première nécessité tels que l’huile, le lait, le poisson ou le savon. Ce qui avait poussé le Premier ministre, Jean Eyéghé Ndong, à convoquer, le 31 août de la même année, les opérateurs économiques concernés et à leur donner un avertissement : “Les 100 produits de première nécessité qui constituent le panier de la ménagère font l’objet d’une observation et d’une surveillance permanentes”, non sans avoir prévenu que le gouvernement se réservait le droit “d’entreprendre toutes les mesures nécessaires à la préservation du niveau de vie des populations de notre pays”.

Les relevés effectués, sur 61 produits de base dans cinq marchés de Libreville, par les agents du ministère de l’Économie et des Finances, démontrent de manière générale que les prix des produits ont augmenté entre les mois de juillet et novembre 2007, “surtout les prix de l’huile de palme raffinée qui a atteint un niveau très élevé à cause de la crise de l’huile du Cameroun et de la SIAT Gabon. Situation qui a provoqué une flambée générale des prix des produits, puisque les commerçants répercutaient naturellement le manque à gagner de l’huile sur les autres produits”, peut-on lire dans le rapport “Situation du marché au mois de novembre” du service des marchés de la Direction générale de la concurrence et des prix. Un autre rapport effectué par les mêmes services en janvier 2008, note que “Les effets de la crise de l’huile de palme sont encore perceptibles sur le marché, justifiés par la rareté et le coût élevé de l’huile de palme raffinée Mayor et Cuisin’or sur le marché. L’on observe en outre que la moins value perçue est répercutée sur les autres produits notamment sur les viandes, la volaille et le poisson avec des hausses de plus de +19,31% pour le ragoût arrière à Akébé Plaine, de +25,42% en ce qui concerne le poulet à Nkembo et une hausse de +31,71% pour le machoiron de mer au marché de Mont-Bouët.”

On notait encore plus récemment, en mars 2008, que les prix de certains produits alimentaires continuaient de grimper. Le prix du sac de riz de 10 kg est, par exemple, passé de 7850 francs CFA à 9900 francs ; celui de 25 kg, qui coûtait 16900 francs CFA est passé à 19500 francs CFA. Situation d’autant plus dure pour les consommateurs que cette denrée est l’aliment de base de nombreuses familles.

Cette inflation n’a pas laissé insensible les organisations de défense des droits de consommateurs. Le président de l’Organisation gabonaise des consommateurs (OGC), Ibrahim Tsiendjet, a alors lancé un appel invitant les autorités du ministère du Commerce, notamment la Direction générale de la Concurrence et la Consommation, à adopter les mesures idoines. L’inflation est donc une réalité au Gabon, pays déjà réputé pour être l’un des plus chers du monde. En effet, selon une enquête réalisée par ECA International, spécialiste de la mobilité internationale, Libreville, la capitale gabonaise était, pour les étrangers, la 9ème ville la plus chère du monde en 2006.

L’évolution des salaires au Gabon

L’évaluation du pouvoir d’achat des Gabonais ne peut se comprendre qu’au regard de l’évolution des salaires. Contrairement à une idée bien répandue, l’augmentation du Smig en octobre 2006 ne s’est pas accompagnée d’une élévation systématique de tous les salaires. Si le relèvement du point d’indice a entraîné une augmentation générale des salaires de la Fonction publique, cela n’a pas été automatiquement le cas dans le secteur privé pour les salaires situés au dessus du SMIG. Ce qui rend difficile l’établissement d’une grille moyenne des salaires pratiqués au Gabon. Le seul document de référence pour ce qui est des salaires du secteur privé est l’arrêté ministériel “portant approbation des résultats des Commissions paritaires des salaires” qui comporte de nombreuses grilles des salaires réparties par secteur d’activités synthétisées dans l’enquête “Les vrais salaires du privé” (Cf. “Business Gabon” n°3) qui avait permis la détermination des moyennes suivantes :

Agents d’exécution (manœuvres, ouvriers, femmes de ménage, gardiens, etc.) : entre 100 000 et 200 000 F.CFA

Agents de maîtrise, techniciens supérieurs (de Bac +1 à Bac +3) : entre 200 000 et 800 000 F.CFA

Cadres, personnel d’encadrement (minimum Bac + 4) : entre 500 000 et 2 500 000 F.CFA

Cadres dirigeants (membre du comité directeur ou des directions générales) : entre 1 500 000 et 6 000 000 F.CFA

Ces niveaux de rémunérations qui pourront par endroits sembler loin de la réalité n’en sont pas moins des moyennes établies au regard des grilles des salaires contenues dans l’arrêté ministériel sus-cité.

Le relèvement du point d’indice de 400 à 425 a permis à tous les fonctionnaires et agents de l’État d’assister à l’augmentation de leur salaire, parfois de plus de 60% pour les fonctionnaires à bas salaires. L’expert consultant économiste Bertrand Feumetio avait donné, à l’annonce de cette augmentation du point d’indice, deux exemples extrêmes : “le premier c’est le cas d’un haut fonctionnaire A1 du 5e échelon qui gagnait 630 000 FCFA (1465x400+44000) en septembre et qui désormais touchera 702 625 FCFA (1465x425+80000), soit une augmentation en valeur absolue de 72 625 FCFA. Le 2e cas est celui d’un fonctionnaire de la 3e classe du grade normal de la fonction publique (le bas de l’échelle), indice 40 qui avait en septembre un salaire de base de 60 000 FCFA (40x400+44000) aura désormais 97 000 FCFA (40x425+80 000), soit une augmentation de 61 % en valeur relative. C’est significatif comme revalorisation.”

Malgré ces augmentations du point d’indice, on a noté schématiquement que, toutes primes comprises, un fonctionnaire de catégorie C touche un peu plus de 80 000 F.CFA ; celui de catégorie A2, environ 300 000 et celui classé en A1, 400 000 F.CFA. Il est entendu qu’il s’agit ici d’estimation ne considérant que les plus petits indices de chaque catégorie.

Traditionnellement, les augmentations générales et officielles des salaires ne sont pas courantes au Gabon et on ne saurait s’attendre à un relèvement des émoluments dans un avenir relativement immédiat. Surtout si l’on tient compte de ce que la dernière augmentation du SMIG et du point d’indice de la Fonction publique est intervenue après 36 ans de stagnation. Ce malgré la dévaluation du franc CFA en 1994. On notera que lors des négociations pour l’instauration de la «Trêve sociale», les partenaires sociaux avaient demandé que le SMIG soit fixé à 132.000 francs CFA. L’État n’avait pu accéder à cette demande qui aurait entraîné une augmentation excessive de la masse salariale.

Les salaires au Gabon n’ont jamais été indexés à l’indice des prix. “La détermination de l’impact de l’inflation effective sur le pouvoir d’achat par le biais d’une indexation des salaires sur l’indice du coût de la vie est une approche obsolète”, affirme un cadre du ministère de l’Économie et des Finances qui étaye son assertion : “Lorsque les prix enregistrent des hausses conjoncturelles dues par exemple aux fêtes, aux grèves ou aux pénuries, ils ne reviennent que très rarement à leurs niveaux antérieurs. Aussi, indexer le SMIG à l’inflation reviendrait à se lancer dans une hausse permanente des salaires. Ce qui alourdirait sans cesse la masse salariale de l’Etat et même des entreprises.”

Du fait que l’inflation touche en priorité les salariés et les couches sociales les plus fragiles, certains pensent qu’on ne devrait indexer que le SMIG au taux d’inflation. Ce qui n’induirait pas une augmentation systématique de tous les salaires ainsi que constaté lors de l’augmentation d’octobre 2006. Faute d’indexation, pensent les partisans de l’indexation, les syndicats, ainsi que cela se fait dans certains pays tels que l’Allemagne, devront négocier systématiquement pour compenser la perte de pouvoir d’achat chaque fois que l’inflation sera forte.

Quantité de biens et de services achetables

Si les salaires ont vraiment augmenté ces deux dernières années au Gabon, que permettent-ils vraiment d’acquérir en terme de biens et services, face aux augmentations des prix auxquels on assiste, même dans les secteurs de consommation autre que l’alimentaire ? A l’instar de l’augmentation, début mars 2007, du prix à la pompe du carburant : Le litre de super qui coûtait 475 francs CFA est passé à 595 F CFA et celui du gasoil de 375 F CFA à 470 F CFA. Ce qui a induit de nombreuses autres augmentations, notamment le coût du transport urbain à Libreville où les taximen et autres transporteurs, faute d’une augmentation officielle du coût de leurs prestations, se sont vus obligés de saucissonner les trajets. C’est ainsi, par exemple, qu’il est impossible à Libreville de partir de la poste centrale à l’hôpital Jeanne Ébori au coût habituel de 100 francs CFA tandis qu’aux heures de pointe la mise minimum sur le même trajet est passée à 300 francs CFA.

Par ailleurs, si les médias gabonais ne l’ont que très peu évoqué, les factures d’eau et d’électricité ont également enregistré une hausse. Ainsi qu’en témoigne Emmanuel P, entrepreneur : “sans avoir acheté un autre appareil électroménager ou changé mes habitudes, mes factures d’électricité ont augmenté de manière conséquente. Il en est de même pour l’eau.” Le salaire moyen d’un Gabonais ne lui permet nullement d’épargner ainsi qu’en témoigne le président de l’Organisation gabonaise des consommateurs (OGC) (Cf. Interview page 23)

La cherté du loyer

Selon un rapport de la banque mondiale sur le Gabon datant de 2005, plus de 50% des ménages louent leurs habitations. La cherté des terrains, la vente du sable de construction et du ciment par des intermédiaires qui se livrent régulièrement à la spéculation n’a pas favorisé l’accès de nombreux Gabonais à la propriété. La pénurie de logement est aggravée par les flux migratoires en provenance aussi bien de l’intérieur du pays que de l’étranger. C’est ainsi qu’on enregistrait, en 2007 à Libreville, un déficit de plus de 300 000 logements décents.

En l’absence d’un barème officiel réglementant la tarification des loyers, les propriétaires se sont adonnés ces dernières années à des augmentations anarchiques. Si bien qu’il est difficile de trouver, dans un quartier salubre de Libreville, une maison en dur de deux chambres à moins de 200 000 F.CFA et une chambre y coûte au bas mot 50 000 F.CFA. Dans les quartiers côtés de Libreville tels que Glass, Montagne-Sainte, Louis ou Batterie IV, un studio peut coûter plus de 150 000 F.CFA par mois et la norme y est de 100 000 F.CFA au minimum par chambre. Il est d’ailleurs très difficile de trouver pour 300 000 F.CFA par mois une maison à 3 chambres dans ces quartiers. Dans les quartiers sous-intégrés, une maison de 2 chambres se loue entre 100 et 150 000 F.CFA par mois. On notera que sur les bulletins de paie de la classe moyenne, les indemnités de logement se chiffrent à plus de 100 000 F.CFA. Le loyer est devenu le 1er poste de dépense des Gabonais. La moitié des revenus d’un ménage y est souvent consacrée. Et, ici, ce sont les propriétaires et les agences immobilières qui se frottent les mains.

Le blues des retraités

Selon le syndicat national des retraités du Gabon (SNR), la plupart de ses membres perçoivent en moyenne une pension de 52 000 FCFA par trimestre, soit 17 000 F.CFA par mois. Somme résolument insuffisante pour assumer ne serait-ce que leurs charges mensuelles d’eau, d’électricité, de frais médicaux ou d’alimentation. C’est à cet effet que ce syndicat a tenu une assemblée générale, le 1er mars dernier, axée sur la revalorisation de leurs pensions en vue de pallier l’augmentation du coût de la vie qui ne permet plus à ces personnes du 3e âge de subvenir à leurs besoins. Estimant que l’augmentation du Smig en 2006 aurait induit un ajustement de leurs pensions, les retraités ont décidé de revendiquer le relèvement de leurs pensions conséquemment à la hausse du coût de la vie, le versement mensuel, plutôt que trimestriel, de ces pensions de retraite, la revalorisation des allocations familiales et la gratuité des soins médicaux. Ce qui relève d’une “question de justice sociale”, selon le mot de Damien Bekoung, président du SNR, qui a annoncé qu’en vue de se faire entendre, les retraités syndiqués envisageaient d’organiser une marche de protestation, dévêtus et nus pieds, en direction du palais présidentiel, estimant que seul le chef de l’État Bongo Ondimba est en mesure d’accéder à leurs revendications

Otages des banques informelles

Ayant tout le mal du monde à joindre les deux bouts du fait de la baisse de leur pouvoir d’achat, de nombreux chefs de famille recourent aux usuriers. Ces banquiers informels qui prolifèrent à Libreville, prêtent de l’argent à des taux d’intérêts variant, à la tête du client, de 25 à 50% de la somme empruntée. Trop heureux de trouver de l’argent frais, les “clients” ne s’aperçoivent de leur malheur qu’au moment de payer. Lorsque le remboursement ne se fait pas à échéance, l’emprunt et l’intérêt deviennent une nouvelle dette qui sera également majorée d’un taux d’intérêt. Le cercle vicieux. Un jeune fonctionnaire empêtré dans le surendettement témoigne. “J’avais emprunté 200 000 francs et n’ayant, à plusieurs reprises, pas pu payer au moment convenu, je me retrouve à devoir 2 millions de francs CFA. Je n’ai aucun recours...” Ruinés par ces taux d’intérêt irraisonnables, certains emprunteurs sont contraints de céder du mobilier, des bijoux, de l’équipement électroménager, des voitures et parfois des maisons pour quelques bouchées de pain.

Il y a trois ans, le Conseil national du crédit (CNC) avait dénoncé et condamné la prolifération de ces établissements de crédits illégaux apparus au Gabon avec l’instauration de la TVA de 18%. Les annonces et publicités y relatives ont peut-être disparues mais la pratique continue de plus belle grâce au bouche à oreille. Ce, du fait qu’il est difficile au Gabon d’obtenir un crédit auprès d’une banque agréée : il faut le plus souvent travailler à la Fonction publique, justifier d’un revenu d’au moins 100 000 francs et trouver une personne qui se porte garant, surtout si le crédit sollicité est important. Les petits fonctionnaires et bon nombre d’employés du secteur privé sont ainsi exclus des circuits conventionnels de crédits. Toutes choses qui ne sont pas pour arranger la situation.

Réorientation de la consommation vers les produits bas de gamme

La baisse du pouvoir d’achat a poussé de nombreuses familles à diminuer la fréquence et la qualité des repas. De nombreuses familles n’ont pour ainsi dire qu’un seul vrai repas par jour et, dans bien des cas, il s’agit d’une alimentation pauvre et parfois composée de produits ayant dépassé la date de péremption. Une promenade le soir au marché N’kembo à Libreville permet de constater que de nombreuses personnes font les poubelles en vue d’y récupérer les produits de boucherie, la volaille ou le poisson mis au rebut par les commerçants du fait d’être avariés. De même, sur le marché spontané du carrefour Nzeng-Ayong, il n’est pas rare, au-delà de 21 h, de se voir proposer du poisson ou des produits de boucherie à des prix variant entre 200 et 500 francs CFA le tas. Il s’agit le plus souvent de produits en dégradation tout de même achetés par certaines personnes dans le but de tromper la faim.

Mais la réorientation de la consommation induite par la baisse du pouvoir d’achat concerne également les domaines du sanitaire, du vestimentaire, des pièces détachées d’automobile et même ceux des matériaux de construction. De nombreux importateurs se spécialisent dans les produits bas de gamme et se font actuellement des dents en or. Malgré la déception des clients, ils sont sûrs que la faiblesse du pouvoir d’achat les ramènera. L’exemple le plus alarmant reste celui des “médicaments de la rue” composés de produits de contrefaçon : malgré les efforts des pouvoirs publics pour les faire disparaître, ils continuent d’être sollicités par les couches sociales les plus atteintes par la hausse du coût de la vie.

Les déterminismes du mal

Le phénomène n’est pas exclusivement gabonais si l’on tient compte de ce que la majeure partie des produits périssables, les matières agricoles (le café, le jus d’orange, le blé, le riz…) sont cotées à la Bourse de Chicago. Or, depuis deux ans, le cours de ces matières premières agricoles ont enregistré une envolée sans précédent. Dès janvier 2006, le cours du blé avait augmenté de 287%, le maïs de 149%, le riz de 60%, le café de 139% et le jus de fruit de 23%. En 2007, le cours du riz a connu une augmentation de presque 100%.

Pour expliquer ce phénomène, M. Larroque, responsable Produits frais au Géant Casino de Mbolo, invoque, à l’unisson avec les experts mondiaux, les fortes pluies qui se sont abattues sur les grandes plaines du sud des États-Unis, ainsi que la sécheresse des terres cultivables en Australie et en Ukraine, qui ont obligé ces pays à suspendre leurs exportations. M. Layral du département Boucherie au Géant Casino de Mbolo affirme également que du fait de leur boom démographique, de grands pays producteurs de riz tels que l’Inde et la Chine, préfèrent privilégier leur consommation intérieure qui se caractérise par ailleurs par de nouveaux modes alimentaires nécessitant plus de viande, donc plus de maïs, de blé ou de soja pour nourrir le bétail. Autant de choses qui amenuisent la disponibilité des matières premières agricoles sur le marché international.

Par ailleurs, le Programme alimentaire mondial (PAM), branche spécialisée de l’ONU, a mis en garde le 13 mars dernier l’Union européenne contre le danger des biocarburants qui nourrissent la flambée des prix alimentaires. “Le changement d’orientation (de nombreux exploitants) en faveur de la production des biocarburants a détourné des terres de la chaîne alimentaire», a expliqué la directrice du PAM, Josette Sheeran. “C’est peut-être une très bonne affaire pour les agriculteurs mais à court terme les plus pauvres sur la planète seront durement frappés” puisque les cultures destinées aux biocarburants tendent à remplacer celles destinées à l’alimentation humaine, a-t-elle prévenu.

Une autre explication de cette flambée des prix avancée est le cours du pétrole qui caracole à plus de 100 dollars le baril. Ce qui a nécessairement une incidence sur le coût du transport et qui, par conséquent, se répercute sur le prix en rayon de nombreux produits. Le cours du pétrole et l’augmentation du prix du carburant au Gabon explique également l’inflation constatée dans le pays sur des nombreuses denrées produites localement et sur d’autres produits non alimentaires. Kounda, un pêcheur bien connu au petit débarcadère de Jeanne Ebori explique : “Le prix du carburant a augmenté. Ce qui fait que nous ne pouvons plus armer une pirogue au même coût qu’avant. Si nous n’augmentons pas le prix du poisson, nous tournerons à perte ou alors nous devrons arrêter de pêcher.” Ce qui est valable pour la pêche devrait l’être pour la banane et d’autres denrées alimentaires en provenance de l’intérieur du pays ou du Cameroun voisin : la hausse du prix du carburant se répercute sur le coût du transport et par conséquent les prix de vente.

Si les opérateurs économiques du Gabon ont quelques parts de responsabilités du fait des marges absurdes qu’ils s’offrent, les pouvoirs publics ne sauraient être épargnés. On en voudra pour exemple que celui du lait Nestlé concentré actuellement en pénurie à Libreville. Selon certaines indiscrétions, l’importateur au Gabon de ce lait ayant perdu trop d’argent depuis un an, n’a cessé de demander aux autorités compétentes l’autorisation d’augmenter le prix de ce lait. Faute d’un accord, entre l’État gabonais et l’importateur, sur le prix de vente, l’importation de cette denrée a du être suspendue. D’autres indiscrétions font état de ce que les produits laitiers étaient exempts de TVA. Sans prévenir, les services compétents y ont subitement appliqué la TVA. Ce qui justifie l’augmentation du prix des produits laitiers.

Interview : Ibrahim Tsendjiet Mboulou

“15 jours seulement après la perception de leurs émoluments, ceux-ci sont épuisés et les ménages sont contraints au crédit”

Ibrahim Tsendjiet Mboulou est le président de l’Organisation gabonaise des consommateurs (OGC), une association de défense, de protection des droits, intérêts et des usagers. L’OGC est membre du Réseau gabonais pour la protection des consommateurs (RNGPC). Deux questions lui ont été posées sur le pouvoir d’achat des Gabonais.

La vie chère au Gabon est-elle une réalité ou une simple vue de l’esprit ?

Selon des études internationales, le Gabon figure parmi les pays les plus chers au monde. De nombreux facteurs entrent en ligne de compte pour la détermination du pouvoir d’achat des Gabonais. Il faudrait sans doute ouvrir un débat avec les spécialistes de ces concepts socioéconomiques. Plus simplement, on se souviendra des négociations de 2003 relatives à l’établissement de la “Trêve sociale” au Gabon au cours desquels les forces syndicales ont soulevé le problème de la cherté des produits essentiels du panier de la ménagère en vue d’un maintien du pouvoir d’achat des Gabonais. Nous avons pour notre part remarqué que les salaires des Gabonais ne couvrent que la consommation courante et ne permettent pas la création d’une épargne. La disparition de l’épargne entraîne l’impossibilité d’investir, l’impossibilité par exemple d’accéder à la propriété. La grande majorité des Gabonais est surendettée. Ce, du fait que 15 jours seulement après la perception de leurs émoluments, ceux-ci sont épuisés et les ménages sont contraints au crédit en vue de survivre. La vie chère n’est donc pas une vue de l’esprit.

Quelles pourraient être les causes de cette baisse du pouvoir d’achat ?

Une réflexion et des études devraient être menées pour déterminer les causes profondes de cet état des choses. Il y a d’abord les problèmes de gestion du revenu. Une bonne frange de la population des villes au Gabon est enclin au snobisme et veut vivre selon des modèles importés qui sont au dessus de leurs moyens. Mais, il y a aussi des facteurs imputables à l’administration et à la corruption qui entame les marges des commerçants et qui les obligent à se rattraper sur les prix de vente. Les administrations de contrôle ne jouent pas pleinement leur rôle, notamment au niveau de la hausse arbitraire des prix. On sait qu’au départ des prix homologués il y a le commerçant lui-même qui soumet sa détermination des prix à l’administration de contrôle en vue de leur homologation. On devra ensuite noter que les agents de la Direction de la concurrence et de la consommation opèrent des contrôles auprès des commerçants, de même que ceux du ministère de l’Agriculture, ceux de l’Hygiène publique, ceux de la Mairie de Libreville. Cette multiplicité des contrôles, auprès du même commerçant, qui souvent se terminent par un pot-de-vin, influence la hausse des prix et entraîne le silence du contrôleur sur les exactions constatées. On n’évoque même plus les contrôles des policiers sur les transports en commun qui poussent les taximen à saucissonner les trajets pour rattraper l’argent qu’ils distribuent à chaque contrôle. Mais ce ne sont là que des pistes pour rechercher l’origine réelle de la baisse du pouvoir d’achat.

La notion de pouvoir d’achat

Le “pouvoir d’achat” qui est également la valeur de la monnaie, représente la quantité de biens et de services qu’une certaine somme d’argent permet d’acheter. Ce pouvoir d’achat évolue avec le temps et dépend du taux d’inflation. En règle générale, si les prix montent, le pouvoir d’achat de la monnaie diminue. Donc, pour que le pouvoir d’achat d’une personne connaisse une hausse, il faut que son revenu augmente plus que le prix des biens et des services.

Afin de comparer le pouvoir d’achat au cours d’années différentes, on utilise souvent un indice tel que l’Indice des prix à la consommation. La comparaison entre diverses périodes de référence et la période courante permet de voir comment le pouvoir d’achat a évolué. N’ayant pu obtenir des services concernés des indices des prix à la consommation sur plusieurs années, la méthode d’observation du pouvoir d’achat au Gabon a été délaissée pour le présent article au profit de l’observation empirique.

Si les revenus grimpent plus vite que le taux d’inflation, le pouvoir d’achat augmente, permettant ainsi aux consommateurs d’acheter une plus grande quantité de biens et de services. Lorsque les prix des biens et des services montent plus rapidement que le revenu, le pouvoir d’achat diminue, ainsi que le niveau de vie des particuliers.

L’inflation représente l’augmentation générale des prix au cours d’une période donnée. L’Indice des prix à la consommation (IPC) est l’indice le plus couramment utilisé pour mesurer l’inflation. Si les prix augmentent - mais que les revenus restent les mêmes - les consommateurs ne pourront pas continuer de consommer autant qu’avant. Il est plus difficile pour les familles, les entreprises et les gouvernements de faire des projets d’avenir lorsque l’inflation est élevée.
Selon un rapport de la BEAC, « l’indice des prix à la consommation a progressé de 5% en septembre 2007, sur les douze derniers mois, alimenté par les attaques spéculatives consécutives aux pénuries de ciment, de contreplaqués et d’huile de palme constatées sur le marché. (…)
Publié le 08-05-2008    Source : Business Gabon     Auteur : François Ndjimbi   
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VOS RÉACTIONS
Publié le 24-02-2012 à 10:06 par edna
« lecteur
la consequence de la flamber des prix est due a la depandance du pays face aux importations.le pouvoir d'achat qui croit sans cesse insite plusieurs familles à na plus joindre les deux bouts.aujourd'hui la politique du chef de l'etat doit aussi permettre de réduire ce pouvoir.il désolant de voir que dans un pays aussi nous ne connaissions pas la valeur de nos richesses.c'est aux gabonnais de prendre d'abord conscience et peut ètre que les s'arrangeront »


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Il s'appelle Bolt et c'est le pigeon le plus cher du monde. L'oiseau, champion de vitesse, a été ven...
publé le : 24/05/2013 
TigerWoods visé par une plaisanterie raciste
Le golfeur espagnol Sergio Garcia est-il allé trop loin? Mardi soir, lors du gala de l’European Tour...
publé le : 24/05/2013 
Etats-Unis: Trois adolescents jugés pour avoir violé une fille et posté la vidéo sur Facebook
Ils avaient violé une jeune fille de 12 ans sous la menace d'un pistolet, puis posté la vidéo de leu...
publé le : 24/05/2013 
Londres : un soldat massacré en pleine rue, la piste terroriste privilégiée
Un crime abominable a choqué la Grande-Bretagne mercredi. Un soldat britannique a été massacré à la ...
publé le : 23/05/2013 
Etats-Unis : l'ex-député Anthony Weiner brigue la mairie de New York
L'ex-député démocrate Anthony Weiner, dont la carrière politique avait volé en éclat après la diffus...
publé le : 23/05/2013 
Comment va s'organiser la conférence sur la Syrie
Elle devrait se réunir à Genève à partir du 10 juin prochain pour plusieurs jours, sous la présidenc...
publé le : 23/05/2013 
La délicate visite de Ban Ki-moon en République démocratique du Congo
Ce mercredi 22 mai, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon est en visite officielle en Républiqu...
 
 
 
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Découverte au port d'Alger de déchets radioactifs provenant de Chine
Des déchets radioactifs sous forme de roches ont été découverts le 9 avril par les douaniers du port...
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Une nouvelle "usine à bébés" découverte au Nigeria
C'est un nouveau cas de trafic d'enfants au Nigeria. La police a déclaré mercredi 15 mai avoir décou...
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Afrique du Sud : Desmond Tutu indique qu'il ne votera plus pour l'ANC
L'archevêque anglican sud-africain et Prix Nobel de la paix, Desmond Tutu, a annoncé qu'il ne votera...
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Première centrale solaire en Guinée-Bissau
La Guinée-Bissau a lancé hier la construction de la première centrale d’énergie solaire du pays, fin...
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Les quatre otages français enlevés en septembre 2010 dans le nord du Niger sont vivants, assure le p...
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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